You are learning the art of poetic translation: you will read the scene it happens in, learn 10 words and phrases, take apart the pattern behind them (l'inversion stylistique et la dislocation -- stylistic inversion & dislocation), hear them in a conversation, rehearse them, and finish by saying one thing out loud to be graded.
Le Comptoir de la Gastronomie, Les Halles -- translating Baudelaire while eating foie gras
Au Comptoir de la Gastronomie, devant une tranche de foie gras mi-cuit, je tentais de transposer en anglais un sonnet de Baudelaire. Le poème parlait de parfums, de saveurs, de sons -- une synesthésie totale que l'anglais, langue plus concrète, peinait à restituer.
Vint alors le vers central, avec sa césure parfaite à l'hémistiche : 'Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.' Douze syllabes. Un alexandrin d'une fluidité absolue. Comment rendre cette prosodie sans trahir le rythme ? Je notai : 'Perfumes, colors, sounds answer each other.' Trop plat. La dislocation manquait.
Ce foie gras, soyeux et amer à la fois, me donna une idée. Baudelaire écrivait en synesthésies -- il goûtait les sons, il entendait les couleurs. Ainsi le foie gras était-il à la cuisine ce que le sonnet était à la poésie : une forme contrainte dans laquelle la liberté explose.
Rarement avais-je senti aussi nettement la frontière entre les langues. L'enjambement d'un vers à l'autre créait une tension que la traduction aplatissait. Je repoussai mon assiette vide et relus ma version. Imparfaite, certes. Mais la fidélité au texte n'exigeait pas la perfection -- elle exigeait l'amour. Ainsi s'acheva mon déjeuner, comme s'achève un poème : sur un dernier mot qu'on savoure.